Xavier Pavie : L’innovation à l’épreuve de la philosophie

Se projeter dans le futur c’est essayer de deviner ce qui sera différent d’aujourd’hui, puisque finalement rien n’est vraiment stable et que le temps fait inexorablement évoluer les choses. Le principe d’entropie (« transformation » en grecque) nous explique qu’à mesure que le temps avance un système, quel qu’il soit, devient forcément de plus en plus désorganisé, de plus en plus complexe; pas étonnant donc que nous ayons le sentiment que demain sera forcément différent d’aujourd’hui. 

Le nouveau mot très à la mode depuis quelque temps maintenant pour penser demain, c’est l’innovation. On ne parle plus tellement de progrès, on parle d’innovation… Il faudrait à tout prix innover, c’est à dire faire différemment, inventer des choses, pour rester compétitif, pour aller de l’avant, pour espérer résoudre les problèmes actuels. 

Depuis cinquante ans, les innovations ont pris une nouvelle dimension : Internet, séquençage de l’ADN, manipulations génomiques, avancées du transhumanisme, nanotechnologies… Ces innovations récentes ne sont pas sans soulever des problématiques nouvelles dont les conséquences sont aussi importantes qu’irréversibles. 

L’innovateur, dont Steve Jobs, Mark Zuckerberg ou Elon Musk sont des figures contemporaines emblématiques, apparaît comme une personnalité aussi géniale que destructrice, qui ambitionne de changer le monde quelle que soit la violence qui découlera de son innovation. Se dessine alors la nécessité d’établir une innovation-responsable, dans laquelle l’innovateur devrait rendre compte de ses actes et revoir sa position de héros. 

Pour établir cette nouvelle éthique, la philosophie est un recours nécessaire, puisqu’avec les stoïciens, Aristote, Kant, Nietzsche et Foucault, entre autres, elle interroge la maîtrise de soi, la prudence, le respect, la volonté de puissance et le pouvoir, toutes notions à rapprocher de la figure de l’innovateur.

Xavier Pavie met l’innovation à l’épreuve de la philosophie.

Xavie est professeur à l’ESSEC Business School, directeur académique du programme Grande École à Singapour et directeur du centre iMagination. Il est également chercheur associé à l’Institut de recherches philosophiques (IREPH) à l’université Paris-Nanterre.

De quoi parle-t-on ?

4″ – L’époque actuelle
  • «  Il y a toujours eu des bouleversements ».

  • L’époque actuelle est dans la continuité des autres, mais pour la première fois nous nous apercevons des effets.

  • Nous n’avons eu de cesse d’essayer de bouleverser nos écosystèmes. Il y a toujours eu des injonctions à prendre possession de la nature.

  • Il n’y a plus de phase de digestion de l’innovation. «  Il y a une accélération de la diffusion de l’innovation. » 

  • «  L’innovation met et maintient en mouvement la machine capitaliste. » 

 
10″ – Les différents types d’innovation
  • Les 4 catégories aujourd’hui admises: produits, process, commercialisation, organisation.

  • Les 3 degrés d’innovation : incrémentale, radicale (ou disruptive), paradigmatique.

  • «  Le e-commerce n’est pas un bouleversement en tant que tel, c’est internet le bouleversement » 

  • L’innovation paradigmatique est très rare.

 
16″ – Le progrès 
  • «  La notion de progrès est une notion désintéressée, ce que n’est pas l’innovation.  » 

  • «  Nous ne sommes plus dans une dimension de progrès,  mais nous sommes tournés vers des innovations dont le but est d’être profitable. » 

  • «  On est tombé dans de la recherche à l’américaine : public-académique-privé. » 

  • «  Darwin n’a pas été sponsorisé. »  

  • Beaucoup de grands problèmes du monde sont très simples à résoudre, simplement quel est le retour sur investissement ?

 
23″ – Les innovateurs
  • «  Les innovateurs ont souvent des problèmes à résoudre avec eux-mêmes. » 

  • «  Les innovateurs ne sont pas contre les choses mais ils construisent en dehors des choses existantes. » 

  • «  Ils ne sont pas contre les règles, ils sont en dehors des règles » 

 
26″ – Innover à tout prix ?
  • L’injonction « si je n’innove pas je meurs » est liée à l’incapacité à prendre de la distance par rapport a ce que l’on fait. Nous ne sommes plus éduqués à la philosophie… 

  • « Pourquoi nous faisons ce que nous faisons est la question qui devrait toujours nous habiter. Aujourd’hui nous ne savons pas pourquoi nous faisons les choses. » 

  • «  Les innovateurs sont responsables du monde qui est en train d’être construit. » 

  • «  Nous n’avons plus qu’une seule façon de penser, c’est la pensée capitaliste ». Ce modèle de penser pose problème dans un monde fini. 

  • Opposition entre nécessite court-terme et besoin long-terme.

  • « Se mettre à penser c’est s’arrêter. » 

 
35″ – Une innovation éthique ?
  • Une entreprise qui se comporte bien génère plus de rentabilité. 

  • Il faut enseigner une autre manière d’innover.

  • La première responsabilité est toujours celle de l’innovateur.

  • De la responsabilité du consommateur.

 
46″- Ecologie et innovation ?
  • « La première question est : quel monde voulons-nous? » 

  • «  Protéger la planète comme une fin en soi ou comme un moyen de faire quelque chose? » 

  • Se redéfinir soi-même. Définir une esthétique de l’existence. 

  • «  La situation actuelle est une bonne nouvelle pour se reposer des questions pour soi et en soi. » 

  • La volonté de puissance et la destruction créatrice. 

  • «  L’innovateur veut montrer cette volonté de puissance » 

  • «  La volonté de puissance collective est toujours portée par un individu, on a besoin d’une voix. » 

 
55″ – La vision de l’avenir de Xavier
  • «  L’avenir est plutôt optimiste dès lors que l’on apprend à penser. » 

  • «  Si nous ne changeons pas alors que le monde change, nous régressons » 


Les personnes et références citées

Les livres recommandés par Xavier :

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