Arthur Keller : déconstruire les faux espoirs pour en construire de nouveaux

Comment déconstruire ce qui, selon Arthur Keller, sont de « faux espoirs », pour mieux travailler à en construire de nouveaux, plus proches de la réalité de ce qui peut effectivement se passer dans les prochaines années ?
C’est la question qu’Arthur se pose, alors que justement le dernier rapport du GIEC vient de paraître et nous fait comprendre gentiment que nous sommes très mal partis pour parvenir à limiter l’augmentation de la  température de la planète, et que les conséquences pourraient en être désastreuses.
 
J’ai voulu enfoncer le clou sur cette question écologique  qui conditionne tous les scénarios d’avenir, pour mieux comprendre cette possibilité d’effondrement systémique dont on entend de plus en plus parler et qui me questionne au point de me faire passer des nuits blanches.

Arthur Keller est un spécialiste du sujet, et je discute avec lui de son diagnostic sans concessions, de pourquoi il faudrait vite abandonner des croyances qui lui semblent contre-productives pour mieux appréhender les défis de l’époque, et de ce qu’il faudrait faire concrètement pour préparer l’avenir de manière sereine, lucide et si possible positive.

Sujets abordés dans l'épisode

Climat, écologie, effondrement, croissance, politique, nouveaux récits.

Pour s'y retrouver...

2″  – L’état du monde

  • Les 6 sphères naturelles, toutes se dégradent gravement
  • « Depuis 40 ans plus de 50% des animaux sauvages ont disparu. »
  • Notre dépendance au pétrole et le risque de pénurie à venir
  • Un système humain fragile
  • « Le monde est en état de pré-effondrement »

10″ – Les élites savent-elles?

13″ – On va pouvoir trouver des solutions?

  • Notre croyance aveugle en l’avenir est un élément commun à toutes les civilisations passées…
  • « Les ingénieurs n’ont pas les solutions »

17″ – La sociologie des catastrophes 

  • La croissance est finie.
  • Gael Giraud, économiste
  • Indice de Gini sur les inégalités
  • « L’ennemi est en chacun de nous »
  • « La notion de nature humaine n’a pas grand sens, l’homme est opportuniste »
  • Social mood, état d’esprit social : il est important de lutter contre toute forme de repli

24″ – Pourquoi ne serait-on pas capable de réagir

  • On ne voit pour le moment aucune inflexion de courbe.
  • « On n’est pas câblé pour traiter une problématique systémique »
  • Dennis Meadows, «  Les limites à la croissance »
  • « On sous-estime toujours le problème et on surestime nos capacités. »
  • Retard pris par l’Allemagne sur son plan de déploiement d’énergie renouvelable (article Bloomberg)
  • « Dans l’ADN même des institutions on a le problème. »
  • CCNUCC, article 3, alinéa 5 : on ne doit pas gêner la croissance et le commerce international, quoi qu’il arrive.

29″ – L’allégorie du Titanic

  • Le syndrome du Titanic, livre et film de Nicolas Hulot
  • « Globalement nous ne pouvons pas éviter une simplification. »
  • « La plausibilité [d’un effondrement] suffit pour s’y préparer, c’est la voie humble. »

37″ – Ne faut-il pas d’abord se battre pour sauver le système ?

  • Le timing pour réagir est passé : «  C’est trop tard depuis au moins 30 ans »
  • Le véritable optimisme c’est de se dire que l’on peut fabriquer quelque chose de neuf »
  • « Aujourd’hui, ne pas savoir est un choix. »
  • L’importance de montrer le contraste entre un monde de transition et en monde où on n’aurait rien fait.

43″ – Qu’est qu’il faudrait faire ?

  • Engagez vous : « Nous changeons le monde à chaque fois que nous montrons l’exemple. »
  • Transition towns
  • Adrastia
  • Les colibris
  • S’engager, faire, apprendre de nouvelles compétences, partager l’information de manière argumentée.
  • « Les enfants ne sont pas préparés au monde, ils sont préparés à un marché du travail qui n’existera plus demain. »
  • Préparer un plan B progressivement pour aller contribuer à la régénération de la nature et du tissu social.
  • L’importance des entrepreneurs pour inventer le monde de demain.
  • « Sortir du déni, arrêter de dire qu’on est sûr que ça ne s’effondrera pas. »
  • « Je vois beaucoup de gens qui sont un peu égoïstes dans leur idée de la transition. »
  • Il faut faire sa transition personnelle et communiquer dessus pour montrer concrètement comment ça marche.
  • Phases du deuil de Kübler- Ross : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation

55″ – L’innovation

  • « L’innovation aujourd’hui est complètement à côté de la plaque ». Il faut trouver un compromis entre la performance et la prise en compte des limites et contraintes de ce siècle.
  • « La technologie n’est qu’un outil, ce n’est pas une finalité »
  • Philippe Bihouix

58″ – Les nouveaux récits 

1’05″ – Un programme politique de transition

  • Le programme de « transition sociétale » élaboré pour Charlotte Marchandise, c’est ici : https://charlotte-marchandise.fr/4-piliers-programme/ et le focus sur la transition écologique est consultable ici : https://www.calameo.com/books/005026737476e6a4c2757
  • Arthur a aussi travaillé sur un train de propositions dont il a piloté la conception en matière de prise en compte politique de la question de la condition animale (ici) et son rapport de 2013 qui répond à la question « Peut-on concilier politique de croissance économique et impératif de soutenabilité ? » ().

1’10″ – Un conseil ?

  • Se mobiliser chacun à son niveau pour travailler à la transition. « On a besoin du meilleur de l’homme. »
  • « La solution ne viendra pas d’en haut. »

Les livres recommandés par Arthur :

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10 comments on Arthur Keller : déconstruire les faux espoirs pour en construire de nouveaux

  1. yvan dit :

    Pleins les ondes, plein la bouche du réchauffement climatique mais personnes qui désire passer au « concret ».
    Ok ?
    alors :
    Abordons le problème central de l’organisation de la société, des choix d’urbanisme qui obligent toujours plus de déplacement, toujours plus de mobilité avec les pôles commerciaux, industriels, les centres où l’on consomme, où l’on travaille, où l’on habite.
    Abordons la folie du béton, responsable de la disparition du sable, de plus de 10% des gaz à effets de serres et d’astronomiques ressources en eau, qui s’est emparée de tout le pays avec les innombrables projets inutiles qui fleurissent sur tout le territoire.
    Abordons l’endettement et l’artificialisation des sols catastrophiques que vont générer le Grand Paris ou les Jeux Olympiques pourtant tant soutenus par la maire de Paris.
    Abordons frontalement la politique agricole, la destruction et les tassements des sols, la disparition des haies qui hébergent la grande majorité de la biodiversité des campagnes.
    Abordons dans les faits les écarts de richesse qui ont atteint des seuils insoutenables collectivement.
    Abordons une solution de base qu’est le boycott de marques écocidaires (qui font partie pour certaines de généreux mécènes pour certaines structure environnementales…)…..

    La prise de conscience ne suffira pas, lire « où atterrir » de Bruno Latour, il nous faut inventer de nouveaux concepts non religieux (l’animisme est quasiment le plus respectueux de l’environnement) que nous n’avons pas… Hartmut Rosa essaie :
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/quelles-relations-aux-autres-dans-la-societe-moderne

    le problème aujourd’hui, tout le monde se revendique expert et veux discuter et prétend « éduquer » ou sensibiliser les autres et personne ne veut agir sous prétexte d’être taxé de radical ou autre extrémisme (appelons ça plutôt de la mobilisation de « terrain »). Tout comme dans le monde professionnel où les gens se plaignent mais personne ne monte réellement au créneau.
    c’est la petite lâcheté de citoyenneté de pacotille associée à une peur de perdre son confort qui paralyse.
    Les trois mamelles d’un pouvoir et d’un immobilisme sont la peur, le confort et le rêve. Et tant que l’un des trois est encore dans l’esprit alors aucune émancipation ou mobilisation n’est à mon avis possible.
    La peur de l’étranger, du terrorisme, de la guerre, du politique, du chômage, du banquier, du climat…
    Le confort matériel ou intellectuel comme toute zone de confort…
    Et enfin le rêve qu’il soit lui aussi matériel ou intellectuel. il s’est malheureusement principalement transformé en consumérisme frénétique, de voyage, de détente et d’acquisition de biens. Nous vivons l’idiocratie et l’happycratie heureusement qu’il y a les zadistes et certaines initiatives mais il va falloir envisager d’être plus radical (au sens étymologique du terme, la racine des sujets).
    http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-%C3%89loge_des_mauvaises_herbes-543-1-1-0-1.html

    Également construire une véritable convergence des mobilisations, tolérante et complémentaire, comme le décrit fort bien cette vidéo
    https://www.facebook.com/indigneducanape/videos/1528262770572804/

    https://nopivals.fr

    1. Julien dit :

      Merci pour ce long commentaire !
      Je vous invite à lire mon article qui reprend tous ces sujets : https://www.linkedin.com/pulse/le-monde-change-et-ny-comprend-rien-julien-devaureix/?published=t

  2. Dudonné Raphaël dit :

    merci de votre engagement, cet interview m’as bien aidé pour expliquer tous ce que j’ai en tête
    Merci encore

  3. pssst008 dit :

    Excellent, une belle découverte. Juste dommage que vous nous proposiez de donner 5 étoiles sur des sites « apple » que je ne côtoie pas!

    1. Julien dit :

      Merci ! C’est hélas le seul endroit où l’on peut noter le podcast car c’est la plateforme de référence.

  4. Vivier dit :

    A nouveau très bonne conversation ! J’ai le sentiment qu’Arthur acère sérieusement son discours.

  5. Sarah Aubin dit :

    Bravo ! Encore un épisode passionnant. Merci !

  6. olivier Bourgoin dit :

    créativité , discours
    d’avenir … bravo

  7. Adrien dit :

    Bonjour Julien, j’ai découvert vos podcasts avec l’interview de Vincent Mignerot et prends désormais le temps de tous les écouter ! Cette interview d’Arthur Keller est très réussie.

    Le format que vous proposez est tout à fait pertinent, il donne le temps aux invités de développer leur argumentaire correctement, ce qui est assez rare.
    Votre démarche de prendre du recul, sortir la tête du guidon pour s’interroger sur votre futur, celui de votre fille et celui de nos sociétés est une bouffée d’air frais pour tous ceux qui s’intéressent à ces sujets préoccupants.

    Bravo et merci pour votre excellent travail

  8. bourgoin dit :

    je viens de ré écouter cet interview remarquable ….. acteur du changement et grande lucidité….. merci et merci encore

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